La responsabilité sociale des entreprises

L’État se dégage de plus en plus, vis à vis de sa responsabilité sociale envers les citoyens. Est-ce aux entreprises de prendre le relais ? Une entreprise peut-elle se permettre de fournir des avantages sociaux si ses concurrents ne sont pas soumis aux mêmes règles ? Tout simplement, une entreprise peut-elle faire du social ?

Présentation

Cet article est la suite de l’article intitulé « Le Capitalisme et la Démocratie ». Il est un complément de réflexion.

Lorsque l’État s’assume plus sa responsabilité sociale, la plupart des citoyens sont persuadés que c’est aux entreprises de prendre le relais. Et en plus, ils sont convaincus que celles-ci ont les moyens de prendre en charge ces frais supplémentaires (dans un contexte économique où chaque entreprises peut choisir ses propres règles).

Une entreprise sociale ?

La concurrence est si intense que la plupart des entreprises ne peuvent pas faire du social sans imposer un coût à leurs consommateurs et à leurs investisseurs. Auquel cas, ceux ci chercheraient alors de meilleurs prix ou rendements ailleurs.

Même si des consommateurs ou des investisseurs individuels croyaient à la vertu de tel ou tel sacrifice, en l’absence de lois imposant à toutes les entreprises les mêmes règles, leur sacrifice individuel n’aurait aucun effet. Car d’autres consommateurs ou investisseurs ont profiteraient pour investir ailleurs, acheter d’autres produits chez la concurrence.

Il est donc très difficile voir impossible, dans le contexte actuel, pour une entreprise de faire du social.

Cela aurait trop de conséquences négatives pour l’entreprise :

  • Augmentation du prix de ces produits. Les avantages sociaux ont un coût (répercutés sur les produits).
  • Fuite des consommateurs qui iraient acheter ailleurs le même produit moins cher.
  • Fuite des investisseurs dû à la baisse des bénéfices.
  • Diminution des bénéfices pour l’entreprise.
  • L’entreprise deviendrait moins compétitive par rapport à ses concurrents.

C’est pour toutes ces raisons qu’aucune entreprise ne peut s’imposer volontairement un coût supplémentaire que ses concurrents ne subiraient pas également.

Le rôle des consommateurs

Les consommateurs se disent attachés à la responsabilité sociale de l’entreprise, mais dans la réalité, rares sont ceux qui trouvent cela suffisamment important pour en payer le prix.

La plupart des personnes se disent prêtes à modifier leurs décisions d’achat en fonction des performances sociales ou environnementales de l’entreprise, mais très peu d’entre elles le font effectivement. Même quand on leur demande de définir la responsabilité sociale, les consommateurs la décrivent en termes de satisfaction personnelle du consommateur plutôt que de bien public.

Par contre, de plus en plus de salariés se plaignent de :

  • Salaires trop bas.
  • Diminution des avantages sociaux.
  • Allongement de la cotisation à la retraite.
  • …etc…

Pourquoi les consommateurs n’agissent pas plus en tant que citoyens au moment de l’achat d’un produit ?

2 produits identiques, avec une différence de prix de quelques euros, je préfère acheter un produit fabriqué en France (ou en Europe) plutôt qu’en Chine.

Dans la pratique, les magasins comme Lidl ou Aldi qui ne respectent pas ou très peu leurs salariés (salaires minimums, très peu d’avantages sociaux…) ne désemplissent pas. Leurs profits et succès augmentent d’année en année. Curieux paradoxe, n’est ce pas ?

Pour que ce style de magasin proposent des prix aussi bas, il faut bien qu’il y ait une baisse des coûts quelque part. En règle générale, c’est les salariés et les fournisseurs qui trinquent.

Et vous, agissez vous en tant que « consommateur responsable » ou « simple consommateur » lors de vos achats ?

La générosité apparente des entreprises

Les cas où les entreprises donnent de l’argent, c’est seulement dans la mesure où ce don constitue une bonne opération de relations publiques, contribuant ainsi indirectement à l’amélioration de leurs résultats.

Les actionnaires ne confient pas leur argent aux chefs d’entreprises pour qu’ils le jettent par la fenêtre, à moins que ce geste ne booste les résultats.

Si leur charité avait totalement été désintéressée, ils auraient violés leurs contrats et devoirs et risqué de voir leurs actionnaires transférer leurs fonds à des entreprises qui, elles, ne faisaient pas cadeau de leur argent.

Les actionnaires n’investissent pas pour que leur argent soit utilisé à des fins charitables, mais pour engranger d’importants retours sur investissements.

La politique est également détournée de sa véritable vocation lorsque les gouvernants incitent telle ou telle entreprise à prendre volontairement telle ou telle mesure dans l’intérêt du grand public.
C’est encore pour les entreprises une opération de publicité démasquée visant à accroître leurs bénéfices.

L’altruisme, pour une entreprise, ça n’existe pas!

Les entreprises n’ont qu’une seule et unique raison d’être : satisfaire les consommateurs et, ainsi gagner de l’argent pour les investisseurs.

Les solutions proposées

Nous sommes tous des consommateurs, la plupart d’entre nous sont également des investisseurs, et dans chacun de ces rôles nous essayons d’optimiser nos choix.
C’est ainsi que nous participons à l’économie de marché et que nous bénéficions des avantages du capitalisme.

Mais ces avantages individuels s’accompagnent souvent d’un coût social. Nous sommes aussi des citoyens et, à ce titre, nous avons le droit et le devoir de participer à la vie démocratique.

Il est donc en notre pouvoir de limiter ces coûts sociaux pour que le véritable prix des biens et services que nous achetons soit aussi faible que possible. Tout en assurant une certaine responsabilité sociale des citoyens.

Dans le contexte du capitalisme, la seule chose que l’on puisse et doive attendre des entreprises, c’est qu’elles appliquent les règles du jeu en vigueur.

C’est la raison pour laquelle, les réglementations constituent la seule manière d’obtenir que les entreprises prennent des décisions se traduisant par un manque à gagner.

Conclusion

C’est donc toujours à l’État de fixer les règles du jeu communes à toutes les entreprises. Aucune entreprise ne doit intervenir dans les décisions politiques.

Le but du capitalisme est d’optimiser la satisfaction du consommateur et de l’investisseur. Le but de la démocratie est d’atteindre collectivement des objectifs que nous ne pouvons pas atteindre en tant qu’individus.

La frontière qui les sépare est violée lorsque des entreprises semblent assumer des responsabilités sociales ou encore lorsqu’elles utilisent la politique pour renforcer ou conserver leur position concurrentielle.

Les politiciens doivent donc reprendre leur rôle véritable et fixer les règles permettant une concurrence saine entre les entreprises tout en conciliant les intérêts des citoyens que nous sommes.

De l’autre côté, les entreprises doivent respecter les règles du jeu établies sous peine de forte amendes. Ces règles doivent obliger les entreprises à prendre leurs responsabilités sociales envers les salariés.

Et vous, pensez-vous que c’est à l’État de fixer les règles du jeu ?
L’État doit-il concilier nos choix de consommateur et nos inquiétudes de citoyens ?

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