Les principales caractéristiques de l’expérience de l’inconscient

L’expérience de l’inconscient est quelque chose de peu abstrait et de très réel et repose sur trois aspects “forts” qui le distinguent. Le contexte abordé ici parle de l’expérience de l’inconscient comme une expérience de vérité, de différence et de désir. Quel genre d’expérience est l’expérience freudienne de l’inconscient ? Voici alors la réponse en isolant au moins trois caractéristiques essentielles de l’expérience freudienne de l’inconscient.

Expérience de l’inconscient comme une expérience de vérité

L’expérience freudienne de l’inconscient est avant tout une expérience de vérité. Mais pas une vérité impersonnelle, universelle, absolue, archétypale, collective. La vérité en jeu dans l’expérience analytique n’est pas la vérité transcendantale de la philosophie, ni la vérité sans contradiction de la logique, ni la vérité universelle de la religion. La vérité qui concerne l’expérience de l’inconscient est une vérité qui vous touche dans votre intimité, dans notre être le plus singulier, dans notre particularité bizarre, bizarre, rude, obscène et irréductible.

Mais cette vérité, étant toujours en fuite, ne coïncidant jamais avec la représentation narcissique de nous-mêmes, étant toujours, comme Lacan s’est exprimé, dans le sujet mais transcendant le sujet, n’est donnée que comme enlevée, elle se manifeste comme une expérience de décentralisation, de perte de maîtrise, de désorientation de l’ego. La vérité analytique, en effet, n’assume jamais les formes ontologiques de l’adaequatio intellectus et rei parce que le sujet ne peut pas prétendre à un gouvernement à son égard.

Ce n’est jamais le sujet qui la détermine, étant plutôt, dans un mot clé de l’enseignement de Lacan, “subjugué”. La vérité ne parle que là où le sujet est éclipsé, où la pensée et l’être sont séparés, en soulignant que “je” n’est jamais ce que je pense être parce que mon être transcende toujours ma pensée. Et ce qui s’exprime dans chaque formation de l’inconscient (glissement, rêve, acte manqué, imprudence, symptôme) : ce que je croyais être est fissuré devant une autre vérité qui surgit dans les points d’incertitude et d’hésitation de la maîtrise de l’ego.
Diversement de ce qui est établi comme certitude incontestable par le mouvement du cogito cartésien (cogito ergo sum), non seulement je ne suis pas ce que je pense être, mais je ne peux approcher la vérité de mon être que par l’échec de l’illusion du gouvernement rationnel et autocratique de moi-même, de la puissance de ma “volonté de volonté”, de l’affirmation narcissique de mon image d’autosuffisance.

L’expérience de l’inconscient est une expérience de la différence

Deuxième caractéristique de l’expérience freudienne du sujet de l’inconscient freudien : l’expérience de l’inconscient est une expérience de la différence. Qu’est-ce que cela signifie ? L’expérience de l’inconscient comme expérience de la vérité montre comment la rencontre avec l’inconscient implique toujours un effet de réduction de l’ego, d’altération, d’érosion, d’affaiblissement de sa fonction de gouvernement vertical de la personnalité.

L’expérience freudienne de l’inconscient n’est jamais une expérience de l’identité mais, au contraire, de la désidentité, du désordre, de la désintégration, de la bâtardisation de l’identité. C’est l’expérience du sujet comme différence, comme singulier absolu, comme non commun, non comparable, non uniforme. Le sujet de l’inconscient émerge toujours comme une discontinuité dans la trame constituée du discours universel.

C’est pourquoi la psychanalyse élève à la dignité de la vérité toutes ces expressions apparemment plus inférieures et plus grossières de la vie du sujet. Le catalogue freudien de ces expressions (glissement, devise de l’esprit, symptôme, acte manqué, rêve) résume l’expérience de l’inconscient comme anti-universel, non généralisable, résistant à toute comparaison, car il ne peut y avoir manifestation de l’inconscient dans un glissement comme dans un rêve que lorsque le discours universel est tombé, que l’homogénéité de ce discours est percée par l’émergence d’une particularité indomptable par le “bon sens” de tout discours déjà établi.

L’expérience de l’inconscient est une expérience du désir

Troisième caractéristique : l’expérience de l’inconscient est une expérience du désir. De désir, Freud souligne, comme “indestructible”, c’est-à-dire impossible à racheter, à éduquer, à gouverner, à adapter. En ce sens, l’indestructibilité du désir évoque un noyau singulier qui résiste à toute domestication, à tout dressage normalisant de type disciplinaire. Le mouvement du désir est un mouvement insistant d’ouverture vers l’Autre. La force du désir inconscient ne doit jamais être réduite à la manifestation d’une intériorité psychologique. L’expérience de l’indestructibilité du désir est une expérience d’ouverture qui rejette toute version solipsiste de l’appareil psychique. L’ouverture du désir, sa transcendance fondamentale, invoque l’altérité comme la racine ultime de l’expérience de l’inconscient.

En ce sens, la rencontre avec le sujet de l’inconscient entraîne la fissuration de l’idéal moral de l’autosuffisance de l’ego et de tout son supposé imperméabilité substantielle. Il n’y a pas d’expérience de désir inconscient, sauf comme une ouverture à l’Autre, à cet Autre qui habite le sujet et à cet Autre vers lequel le désir du sujet est dirigé au-delà des limites fermées de son propre Ego. C’est un autre aspect de l’indestructibilité du désir : il est “indestructible” précisément parce qu’il ne dépend pas de la volonté de l’Ego, il n’est pas porté par l’Ego, il n’est pas décidé par l’Ego, mais, au contraire, c’est ce dont dépend la volonté de l’Ego, c’est ce qui porte l’Ego, ce qui le rend, précisément, “subjugué”.

Pour Freud, cela plaçait la matrice du désir humain dans les expériences infantiles enlevées : des éléments, des fragments, des mégots d’enfance qui ne disparaissent jamais ; un passé qui ne passe pas, un passé qui revient ; des morceaux de réalité qui, même s’ils sont enlevés, ou, si vous préférez, précisément parce qu’ils sont enlevés, ne renoncent pas à revenir, comme des spectres anarchistes, sur la scène du monde, en affirmant leurs raisons anciennes, en interférant avec le flux faussement linéaire de notre temps commun.